[Note 1393: ][(retour) ] Lettres, t. VIII, p. 372.

[Note 1394: ][(retour) ] Le cardinal Ferdinand de Médicis s'est-il après la mort subite de son frère, débarrassé sans autre forme de procès, d'une parvenue mal famée, suspecte d'avoir machiné l'accident dont mourut la première femme de François, Jeanne d'Autriche? c'est une explication qui n'est pas invraisemblable. La légende veut que Bianca Capello ait fait servir à son beau-frère un blanc-manger empoisonné, et que celui-ci, averti, se soit excusé d'y toucher, tandis que la grande-duchesse, sous peine de s'avouer coupable, était obligée d'en prendre et d'en laisser prendre à son mari. La réputation de tous ces Médicis était d'ailleurs si mauvaise qu'on soupçonna le Cardinal d'avoir fait empoisonner son frère et sa belle-sœur. Blaze de Bury, Bianca Capello (Revue des Deux-Mondes, 1er juillet 1884, p. 152-158), n'écarte pas l'idée d'une mort naturelle. Voir Saltini, Tragedie Medicee domestiche, Florence, 1898.

[Note 1395: ][(retour) ] Lettre de Pisani, ambassadeur de France à Rome, Lettres, t. IX, p. 278.

Philippe II, qui s'était d'abord inquiété d'un rapprochement possible entre la Toscane et la France, finit par donner son approbation[1396]. Le duc de Savoie se plaignit «du tort qu'on faisoit à Monsieur de Nemours», son «frère», (son cousin)[1397]. Mais la Reine-mère passa outre. L'homme de confiance du grand-duc, le banquier florentin Orazio Rucellai, vint à Blois négocier les articles du contrat, qui furent signés le 24 oct. 1588[1398]. Catherine donnait à Christine deux cent mille écus et tous ses biens de Florence. Elle n'eut pas la joie de voir le mariage par procuration, qui, retardé par sa maladie et sa mort, n'eut lieu que le 27 février 1589.

Elle souffrait depuis longtemps d'accès de goutte et de rhumatismes, que ramenait périodiquement son formidable appétit, et d'une toux catarrheuse, qui avec l'âge allait s'aggravant. Dans la première quinzaine de décembre, elle faillit mourir d'une congestion pulmonaire. La défaveur ou la maladie de celle qui, par prudence ou amour maternel, travaillait à maintenir l'union des catholiques, laissa le Roi directement aux prises avec les catholiques ardents. Les États généraux lui imposaient la guerre contre les hérétiques et refusaient de lui voter les fonds pour la faire. Ils exigeaient, contrairement aux traditions de la monarchie, qu'il ratifiât d'avance les décisions arrêtées d'un commun accord par le Clergé, la Noblesse et le Tiers. Un avertissement lui vint qu'on voulait le mener à Paris. La conversation qu'il eut le 22 décembre avec Guise le troubla comme une menace. Le chef de la Ligue se serait plaint que ses actions les plus innocentes étaient pour son malheur toujours mal interprétées et lui signifia qu'il était résolu à céder la place à ses ennemis et à résigner ses fonctions de lieutenant-général. Henri III crut que Guise quittait cette dignité pour en obtenir une plus haute, la connétablie. Tremblant pour sa liberté et peut-être pour sa vie, il attira le sujet rebelle dans sa chambre et le fit tuer par les Quarante-Cinq (23 décembre 1588).[1399]

[Note 1396: ][(retour) ] Lettre du 1er juin 1588, ibid., t. IX, p. 32.

[Note 1397: ][(retour) ] Lettre du duc de Savoie du 6 mars 1588, Ibid., t. VIII, p. 488.

[Note 1398: ][(retour) ] Correspondance de Rucellai, dans les Négociations de la France avec la Toscane, t. IV, p. 876 sqq.

[Note 1399: ][(retour) ] Pour de plus amples détails sur la tragédie de Blois, voir Mariéjol, Histoire de France de Lavisse, t. VI, 1, p. 285-286.

Aussitôt après le meurtre, il descendit chez sa mère, dont l'appartement était situé au-dessous du sien. Un homme était là, le médecin de la Reine, Cavriana,--agent secret du grand-duc de Toscane--qui le lendemain écrivit au secrétaire d'État à Florence ce qu'il avait vu et entendu. Le Roi entra et lui demanda comment allait sa mère. Il répondit: Bien, et qu'elle avait pris un peu de médecine. Henri s'approcha du lit et dit à Catherine de l'air le plus assuré et le plus ferme du monde: «Bonjour, Madame. Excusez-moi. M. de Guise est mort: il ne se parlera plus de lui. Je l'ai fait tuer, l'ayant prévenu en ce qu'il avait le dessein de me faire.» Et alors il rappela les injures que depuis le 13 mai, jour de sa fuite de Paris, il avait pardonnées pour ne pas se salir les mains du sang de ce rebelle, mais, sachant et expérimentant à toute heure qu'il sapait ou minait (ce furent ses propres paroles) son pouvoir, sa vie et son État, il s'était résolu à cette entreprise. Il avait longtemps hésité; enfin Dieu l'avait inspiré et aidé, et il allait de ce pas lui rendre grâces à l'église, à l'office de la messe. Il ne voulait pas de mal aux parents du mort, comme les ducs de Lorraine, de Nemours, d'Elbœuf et Mme de Nemours, qu'il savait lui être fidèles et affectionnés. «Mais je veux être le roi et non plus captif et esclave comme je l'ai été depuis le 13 mai jusqu'à cette heure, à laquelle je commence de nouveau à être le roi et le maître». Il avait fait arrêter le cardinal de Bourbon et lui avait donné des gardes pour s'assurer de lui. Ainsi avait-il fait du cardinal de Guise et de l'archevêque de Lyon. Après cette déclaration, il s'en retourna avec la même contenance ferme et tranquille[1400]. Cavriana, qui était tout près, ne laisse pas entendre que Catherine ait répondu. Qu'aurait-elle pu dire à cet homme rasséréné et ragaillardi, comme le remarque l'Italien, par le plaisir de la vengeance? La moindre réserve l'aurait blessé. Cavriana ajoute que la Reine-mère «est souffrante» et qu'elle sort «d'une terrible bourrasque de mal» dont elle a failli mourir «et je crains, conclut-il, que le départ de Madame la princesse de Lorraine (pour la Toscane) et ce spectacle funèbre du duc de Guise n'empirent son état»[1401].