Ont rompu le discord et doucement ont faict

Que Mars, bien que grondant, se voit pris et desfait[457].

Il avait fait dans les passes d'armes «tout ce qui se peut désirer, non seulement d'un prince vaillant et courageux, mais du plus adroit cavalier du monde, ne s'espargnant en aucune chose pour donner plaisir au Roy et faire cognoistre à leurs Majestés et à toute la Cour qu'il ne luy demeuroit point d'aigreur dans le cœur»[458].

[Note 455: ][(retour) ]: Laumonier, Ronsard, poète lyrique, p. 216 sqq.

[Note 456: ][(retour) ] Henri, duc d'Orléans, puis d'Anjou, frère puîné du Roi, l'enfant chéri de Catherine.

[Note 457: ][(retour) ] Blanchemain, Œuvres complètes de Ronsard, 1860, t. IV, p. 18-19, Églogue 1.

[Note 458: ][(retour) ] Les Mémoires de messire Michel de Castelnau, seigneur de Mauvissière..., publiés par J. Le Laboureur, conseiller et aumônier du Roy, 1659, t. I, liv. V, ch. VI, p. 168-169.

Il tenait des Bourbons un tempérament très amoureux, et les soldats huguenots, qui n'étaient pas tous des puritains, chansonnaient avec sympathie: «Ce petit prince tant joli--qui toujours chante, toujours rit--et toujours baise sa mignonne...»

Aimé de la belle maréchale de Saint-André, de qui il accepta le don princier du château de Valery--ce qui à cette époque n'était pas déshonorant--il aimait une des filles d'honneur, la coquette Isabelle de Limeuil, qui lui préférait, disait-on, un jeune secrétaire d'État, Florimond Robertet, sieur du Fresne, mais le Prince n'en voulait rien croire[459]. Quand elle eut accouché à Dijon, un jour d'audience solennelle, et que la Reine-mère, irritée du scandale, sinon de la faute, l'eut mise dans un couvent d'Auxonne, il lui écrivit quel «estreme playsir» il avait d'apprendre qu'elle était résolue à ne plus recevoir d'autre homme que lui ou venant de sa part. «Car je vous assurre, mon cœur, qu'j m'annuyrés (que cela m'ennuierait) bien grandement que l'on peut (pût) prendre sur vos acsions seujet de dire: à quy sait (cet) enfant? come sy deus y avet passé...»[460]. Il la félicitait de prouver à tout le monde--un peu tard ce semble--que lui, Condé, en était bien le père; mais Catherine, sans se laisser toucher par cet excès de confiance, raya Isabelle du rôle des filles d'honneur.

[Note 459: ][(retour) ]: D'Aumale, Histoire des princes de Condé, t. I, p. 259-268.