Vite, elle saisit un flacon de morphine, le porta à ses lèvres, embrassant des yeux les choses familières et aimées, les portraits d'Olivier et de Jeanne, les photographies des La Croze et de Mathilde.
Puis, elle regarda, par la fenêtre ouverte, l'étang des Falettes, illuminé de soleil et couvert de nénuphars. Elle hésitait entre le poison et l'eau toute fleurie; mais là-bas, sur la route, elle vit paraître le curé de Saint-Martin-l'Église. Il marchait, le tricorne sous le bras, et la grande dame, éveillée aux croyances religieuses, descendit et rencontra le vieil homme.
—Votre humble serviteur, madame la marquise? fit l'abbé Boussarie, en saluant. Allez-vous un peu mieux?
Très pâle, très agitée, la jeune femme cherchait ses phrases et gardait le silence.
—Mais, continua le curé, je suis sur la route qui dépend du château, et cela gêne peut-être que j'y lise mon bréviaire?
—Non, monsieur le curé! Nous sommes heureux, toujours heureux de vous voir… Écoutez-moi… Je désire vous parler… secrètement.
Elle tremblait; il ne s'en aperçut pas, et demanda, plein de sa belle naïveté de campagnard:
—C'est une confession?
—Oui, mon père.
—Je puis vous entendre au château, si vous êtes trop souffrante pour venir à l'église.