En bas, il y avait peut-être une trentaine d’hommes, des chercheurs d’or comme nous, des Indiens, deux ou trois Juifs, qui allaient de groupe en groupe pour vendre leurs foulards, leurs paquets de tabac, leurs lacets de chaussures… Tout cela fumait, buvait, sentait le cuir, la sueur… Par moment, un chien, trempé par la neige du dehors, poussait la porte, venait se secouer près du poêle et se chauffer. Alors le patron, sans un mot, prenait un tabouret et le jetait à toute volée sur le chien, qui déguerpissait en baissant les reins et en hurlant…
LI
C’est alors que j’aperçus Marion.
Elle venait d’entrer dans la salle par la petite porte du fond qui donnait accès aux chambres ; elle avait, elle aussi, une robe noire très décolletée et très pailletée : l’uniforme du Cupido.
— Bon Dieu ! fis-je. Patrice !
Je lui montrai Marion.
— C’est elle ? me demanda-t-il.
Je fis oui de la tête.
Elle entrait en se dandinant, une main sur la hanche, en secouant ses cheveux de brusques coups de tête, qui les rejetaient en arrière. Arrivée à une table placée à peu près au milieu de la salle et à laquelle étaient assis deux hommes, qui me parurent être des marchands de chevaux, — ils avaient fini de boire et ils fumaient silencieusement, las, la tête baissée, tournant leurs grands chapeaux gris dans leurs mains, — elle se laissa tomber sur les genoux de l’un d’eux et lui enleva de la bouche l’énorme cigare qu’il était en train de mâchonner…
Je crus qu’elle allait porter ce cigare à ses lèvres…