Mais à ce moment elle me vit.
Alors elle me regarda avec des yeux agrandis qu’emplissait une sombre épouvante…
Puis, elle secoua la tête, comme pour chasser un étourdissement, et, me quittant du regard, elle dit deux, trois mots à ces hommes, qui répondirent par un grognement monosyllabique. Elle sembla pendant encore quelques secondes ne savoir ce qu’elle devait faire… Elle s’était comme voûtée, comme repliée sur elle-même, — et elle était devenue très pâle…
Soudain, elle releva la tête, eut l’air de prendre une décision, et, posant le cigare sur le bord de la table, elle vint à moi. Je me levai. J’allai à sa rencontre. Sans mot dire, nous nous assîmes à une table, l’un en face de l’autre ; elle posa ses coudes sur la table, appuya son menton sur ses mains croisées, me regarda longuement, en hochant imperceptiblement la tête, — et :
— Qu’est-ce que vous êtes venu faire ici ? demanda-t-elle d’une voix rauque.
— Voir ce que vous étiez devenue… Marion ! Est-ce possible !
— J’ai attendu dans cette gare jusqu’à onze heures de la nuit, dit-elle. Puis je suis sortie. J’ai erré dans la ville. Je suis tombée ici… J’ai retrouvé Marjorie… La chose s’est faite ainsi…
— Comme je vous plains !
Elle posa sa main sur ma main et se levant :
— Je n’ai besoin de la pitié de personne, dit-elle. Mais vous êtes un brave garçon et vous avez peut-être un peu de sympathie pour moi… Alors, partez. Laissez-moi.