Nous nous étions assis à une table.

— Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qu’on me veut ? dit la vieille danseuse en entrant.

Elle arrivait en se dandinant et en minaudant. Mais tout à coup elle me reconnut et comprit du coup ce que nous venions faire. Son visage s’éteignit.

— C’est pour Marion que vous venez ? dit-elle. Vous avez de ses nouvelles ?

— Non, fis-je. Je venais vous en demander.

— Je ne sais rien.

Elle s’était assise en face de nous. Elle posa sa main sur la mienne et me regarda avec des yeux où je fus surpris de voir une vague lueur d’humanité.

— Où est Marion ? me demanda-t-elle. Vous savez que je l’aimais bien ?

— Je sais, fis-je. Racontez-moi l’affaire.

— Elle est partie l’autre matin. Elle m’avait dit adieu. Elle m’avait dit : « Vous avez été gentille pour moi, Marjorie. Mais je ne peux plus. Il faut que je m’en aille. » Elle était sortie. Elle avait fait un paquet de ses affaires. J’ai vu que sur la place elle était attendue par cette femme que l’on appelle la Mère et qui tient un club contre l’alcool…