Elle ne répondit pas tout de suite. Elle eut l’air de réfléchir deux ou trois secondes…
— Nous n’accordons jamais cette autorisation, dit-elle enfin. Car c’est un principe de pédagogie bien connu qu’il ne faut pas troubler ces petits êtres dans leur travail, ni même, et je dirais volontiers, fit-elle, avec un petit sourire contrefait et en ayant l’air de nous menacer maternellement du doigt, — ni surtout dans leurs jeux. Mais enfin vous nous êtes envoyés par la Mère. Cette maison est la vôtre. Venez…
Nous la suivîmes. La porte s’ouvrit sur nous et se referma comme une trappe. Nous suivîmes un couloir à l’autre bout duquel s’ouvrait une autre cour où des enfants jouaient. C’est du moins la première impression que j’eus ; je crus que ces enfants étaient en train de jouer. Mais cinq secondes ne s’étaient pas écoulées que j’avais déjà percé le fond de tristesse quasi désespérée de ce tableau : les enfants allaient et venaient en lançant à droite et à gauche des regards craintifs et douloureux… Il y en avait qui s’étaient comme réfugiés dans les coins et qui semblaient se confier les uns aux autres de lourds secrets ou de vagues espérances…
Quand ils nous aperçurent, il y eut parmi eux comme une silencieuse émotion et je vis les groupes se dissocier, les petites errances se détourner de leur route, — comme les petits poissons de la rivière quand le brochet paraît.
— Eh bien ! Eh bien ! dit Mme Sqwal. Où est M. Pflugh ?
Un grand garçon dégingandé qui était assis à l’autre bout de la cour et lisait son journal, accourut.
— Voyons ? fit Mme Sqwal. Pourquoi ne jouent-ils pas ? Il faut qu’ils jouent…
Elle frappa dans ses mains de petits coups secs et cria :
— Allons !… Wilkins !… Hedley !…
Les enfants se mirent à courir, à sauter, à pousser des cris timides et sans joie, — et une sorte de demi-vie s’empara d’eux…