Puis il se prit pour Farquard d’une sorte de débordante amitié et il se mit à le tutoyer :

— Far…quard !… disait-il dans un hoquet, tu es un type plein de cœur… et… heu !… où donc que je t’ai déjà vu ? Tu n’étais pas en 22 à Lowestoft ? L’histoire des sacs ? Tu te rappelles ?

— Sqwal ! Sacré Sqwal ! répondait Farquard, en lui tapant dans le dos. Vieux Sqwal de mon âme ! Je te retrouve !

— Oui… oh !… copains !… copains comme pipe et gueule !…

Puis se penchant confidentiellement à l’oreille de Farquard :

— Seulement tu es ce que j’appellerai une vieille carne de cochon : tu m’as fait boire là un tord-boyaux insidieux…

— Ça ? Il n’y a pas plus brave gin et plus honnête !

Il y eut un moment de silence. Sqwal avait posé sa tête sur l’épaule de Farquard et nous crûmes qu’il allait s’endormir. Mais il se redressa et d’une voix coupée d’éclats de rire plus stridents que jamais et de sombres éructations :

— Farquard, dit-il, j’avais un canard, dans le temps, quand je n’étais encore qu’un gamin… Un canard… Cloc ! cloc !… ah ! ah !… Il s’appelait… Je lui avais foutu un nom… Quel nom ? Mystère !… et bref, un jour — j’aime la Science, tu sais… la Science !… Ne t’avise surtout pas de blaguer la Science !… C’est sacré !… Un jour, j’ai fait avec ce canard une expérience positive et scientifique… ah ! ah ! ah !… j’ai mis du grain sur une pierre… Alors le canard a fait ce que tu aurais fait toi-même : il est venu pour happer ce grain… Moi, scientifiquement, j’ai pris une hache et… ah ! ah !… je lui ai coupé le cou… Pan !… Chose très curieuse et qui démontre péremptoirement l’utilité des expériences scientifiques, le canard, mon vieux, a continué de marcher. Il a fait trois fois le tour de la cour… Après quoi j’ai recommencé l’expérience avec le chien. Ça n’a rien donné… Le chien est un animal au-dessous de tout quand on lui retire la tête… A noter, hein ?

— Voilà Sqwal ! fit Farquard, en me regardant.