Mais la petite ouvrière, la petite bourgeoise, la petite femme à la fois agréable à regarder et convenable, telle qu’on la rencontre partout ailleurs, il n’en était nulle trace à Aklansas.

Une chose également assez curieuse : la façon dont ces boutiques illuminées, aveuglantes, s’enchâssaient dans des sortes de masures sordides, dont, à New-York, un chiffonnier n’aurait pas voulu. Un éblouissement… trois pas plus loin, c’était la cabane en planches, à moitié effondrée, le trou noir d’un terrain vague où le vent glacial tournait en soulevant des papiers sales…

Elles s’ouvraient, ces boutiques, sur une rue qui n’était qu’un entrelacs d’ornières, au fond desquelles clapotait une eau noire comme de l’encre… et les ordures s’y amoncelaient au hasard, n’importe où et n’importe comment. On se demandait si jamais personne venait les enlever. Des chiens passaient avec des os dans la gueule ou des déchets de viande.

C’était un mélange assez étrange de luxe, de misère et de saleté.

X

Mon jeune « Pêcheur » — il s’appelait Josué Coulombier, il était d’origine canadienne — me guidait au milieu de tout cela, toujours poupin et toujours muet, toujours fermé comme le Devoir. J’avais pitié de lui, parce que sous son mince petit paletot il devait crever de froid.

— Ça va-t-il par ici ? Faites-vous bonne pêche ? lui demandai-je pour rompre le silence.

Son regard s’éclaira :

— Oui, dit-il, ça va. Pour ne parler que de moi, j’ai, la semaine dernière, ramené dix-sept égarés dans mes filets.

— Oh ! Oh ! fis-je. Admirable !