La mère me regarda et sans doute lut-elle dans mes yeux une âme de laquelle elle n’avait rien à attendre, car, sans cesser de sourire, tournant lentement la tête de gauche à droite et de droite à gauche, elle répondit :

— Non. Il n’y a plus de place pour lui. Mes enfants sont déjà à l’étroit. Et j’en attends un autre ce soir, qui doit arriver de Desborough et qui a très, très besoin d’une maman.

— Rien qu’une paillasse dans un coin, pour cette nuit, dis-je, d’une voix dont la sonorité me surprit moi-même et qui fit lever la tête à quelques-uns des vieillards bébés. Je suis vraiment harassé.

Elle répéta :

— Il n’y a plus de place…

C’était à la fois un refus très doux, très faible, — et qu’on sentait irrévocable, d’une inhumanité parfaite. Avec une autre femme, avec la plus méchante, la plus cruelle, j’aurais peut-être essayé de discuter, — car effectivement je tombais de fatigue. Mais devant ce sourire angélique je sentis qu’il n’y avait rien à faire.

— Eh bien, allons voir plus loin, dis-je à Josué.

Auparavant, il voulut distribuer à chacun des buveurs d’eau un de ses petits papiers sur le retour des morts, le pain de la charité, etc. Ces malheureux s’en saisirent avec une sorte de théâtrale avidité et se mirent à les lire en tremblant de ferveur.

L’un d’eux, même, un grand bonhomme à la face largement et magnifiquement sculptée, se leva, tout droit, approcha son prospectus de la lampe et, d’une voix grave, profonde, commença de le lire tout haut : « Comme il est dit au Livre des Siècles… »

Mais la mère, continuant à nous regarder, Josué et moi, en souriant, sans se retourner vers le lecteur, dit, de cette voix étrange, qui avait l’air dépouillée de tout caractère humain :