La neige s’était mise à tomber, une neige lourde, épaisse, qui, en quelques instants, ensevelissait l’objet le plus volumineux. Nous marchions comme dans une cage d’ouate et l’on eût pu braquer dans notre direction, à trois pas, la lueur d’un phare, qu’elle n’eût certainement pas percé jusqu’à nous.

Josué Coulombier, sous son mince paletot, devait être à la fois trempé de sueur et glacé, transi jusqu’à la moelle, — et j’en ai honte : je ne le plaignais pas, tellement il me paraissait s’offrir de gaieté de cœur à la mort et tellement, aussi, malgré toute la peine qu’il se donnait pour moi, il m’était peu sympathique. Je sentais parfaitement qu’en acceptant qu’il me secourût et m’accompagnât sous cette neige, j’agissais en quelque sorte comme si je lui avais planté un couteau dans la poitrine, — et je n’en avais aucun remords, et je n’en éprouvais pour lui aucune tendresse, tant je sentais ce malheureux loin de moi, hostile à tous mes rêves, fermé à toutes mes idées, bourré d’une âme étrange, semblable à la sciure de bois dont sont bourrés les pantins.

Au bout d’un moment seulement, comme il s’était mis à tousser, j’éprouvai une sorte de colère, en pensant que quelqu’un, d’humain ou de céleste, pouvait me voir commettre cet assassinat.

— Allons ! dis-je à Josué en me plantant devant lui. Donnez-moi le sac. Vous allez vous tuer.

— Je peux encore le porter, répondit-il, en faisant mine de continuer sa route.

— Donnez ! répétai-je méchamment.

Je le lui arrachai et, comme il restait là, chancelant et grelottant :

— Dites-moi vaguement où je dois aller et rentrez chez vous, dis-je. Je vous remercie. Je me tirerai d’affaire tout seul.

— Pourquoi ne voulez-vous pas que je vous aide ? fit-il.

— Parce que vous n’en avez pas la force. Allez-vous-en.