Comme il ne répondait pas et qu’il se contentait de hocher la tête, en me regardant, d’un air de dire : « Quel drôle de bonhomme ! », je continuai mon chemin. Alors il me suivit comme un chien. Bien qu’entre nous deux il y eût la masse rebondie de mon sac, bien que la neige tombât de plus en plus dru, assourdissant tous les bruits, j’entendais sa respiration courte, oppressée.
Il me dit enfin :
— Attendez. Nous allons voir ici.
Il poussa une petite porte et nous nous trouvâmes au haut d’un petit escalier de bois qui descendait, raide comme une échelle, dans une espèce de cave, un grand puits carré plein d’ombres immenses où flottaient des nuages de fumée pareils à des écharpes et qui sentait la bière sûre, la crasse et le chien mouillé.
Étrange et dramatique local… Une seconde, je restai appuyé à la balustrade et, de là-haut, comme d’une tribune, je demeurai à examiner ces choses. Puis, comme Josué Coulombier, sans aucune émotion, sans aucune hésitation, s’était mis à descendre l’escalier branlant et geignant, je le suivis. Personne. On n’entendait que le ronflement d’un gros poêle flamand placé dans un coin et qui, chauffé au rouge, éclairait tout autant la pièce, à lui tout seul, que les quatre ou cinq grosses lampes à pétrole qui pendaient au plafond.
Des tables et des tabourets de bois grossièrement équarris. Un comptoir avec des bouteilles et des verres. Devant la fenêtre un vieux piano dont on n’apercevait de la salle que le dos tendu d’une étoffe grenat.
— Y a-t-il quelqu’un ? demanda Josué Coulombier.
— Il y a moi, répondit une voix, qui venait de derrière le piano.
Nous vîmes se dresser par-dessus le moulin à musique une tête d’homme, au crâne presque chauve semé de poils follets, une tête extraordinairement mobile, ravinée, jaunâtre, avec des yeux où brillait une flamme hoffmannesque.
Josué Coulombier ne parut nullement s’apercevoir de ce que cette apparition avait d’étrange et d’un peu diabolique.