— Ah ! c’est vous, Zarnitsky ? dit-il simplement, comme s’il avait eu affaire à l’hôtelier du modèle le plus courant. Voici un voyageur qui cherche pension pour quelques jours. Pouvez-vous le prendre chez vous ?
Le nommé Zarnitsky était entièrement sorti de derrière le piano. C’était un petit homme au corps grotesque et contrefait. Il portait, par-dessus un chandail de grosse laine brune, un grand tablier de cuisinier, qui avait dû être blanc ; il traînait sur le plancher de larges savates fatiguées.
Il m’examina un instant de la tête aux pieds, et, avec un accent russe très prononcé, qui lui découvrait les gencives :
— Oui, dit-il. J’ai une paillasse pour lui, et, s’il veut, il pourra partager mes repas.
— Dieu soit loué ! s’écria Josué Coulombier, en levant vers les ténèbres du plafond des yeux pleins de foi. Voici le havre du salut !
L’homme avait allumé une lanterne. Il nous fit un signe de la tête ; nous le suivîmes.
Nous traversâmes d’abord la cuisine : c’était une chose repoussante de désordre et de saleté. Je n’ai jamais vu tant de mouches velues, tant de toiles d’araignée, tant de linges immondes, etc. Comment ce malheureux pouvait-il vivre là-dedans ? Au-dessus de la cheminée, il y avait un agrandissement photographique représentant un Zarnitsky jeune, fringant, pommadé, conquérant, une casquette d’étudiant ou de fonctionnaire crânement posée sur l’oreille.
Nous nous trouvâmes ensuite dans une sorte de couloir qui, des deux bouts, s’ouvrait sur la tombée lente, muette, morne de la neige. Nous montâmes un escalier, suivîmes un corridor sinueux, où la lanterne faisait danser des ombres démesurées.
— C’est ici, dit Zarnitsky, en chassant une porte d’un coup de pied.
Je laissai tomber mon sac par terre, mes raquettes, mon fusil. Je ne tenais plus debout.