J’avais terminé à peu près la mise en état de mon matériel et j’allais m’occuper du traîneau et des chiens, quand, un jour, au déjeuner de midi, Zarnitsky, tout en rongeant un os qu’il avait empoigné à pleines mains, me dit :

— Vous savez : ce jeune homme qui vous a amené ici, ce jeune Pêcheur du Lac… Coulombier… il va mourir…

— Mourir ! m’écriai-je.

Je répétai : mourir… d’une voix plus basse. J’étais stupéfait d’apprendre cette nouvelle et stupéfait de sentir que je m’y attendais… Pauvre Coulombier !… Pauvre être à la fois touchant et antipathique !… Je n’avais guère pensé à lui depuis mon arrivée chez Zarnitsky…

— Où habite-t-il ? demandai-je.

Il m’indiqua son adresse et je m’y rendis aussitôt.

C’était tout à côté de l’endroit où il m’avait accosté le jour de mon arrivée. Une maison de trois étages, en briques, morne et triste… Je grimpai l’escalier quatre à quatre… J’entrai dans une petite pièce d’où sortait comme un bruit de prière ou de sermon… Josué Coulombier était couché sur un petit lit de fer grossièrement peint au minium et dont la paillasse de varech s’était à l’usage aplatie comme une galette.

Il avait toujours le même visage à la fois prétentieux et illuminé, — mais les deux coins de la bouche et les deux ailes du nez se tiraient dans une sorte de grimace de douleur et d’angoisse.

A une petite table ovale placée au milieu de la pièce, deux femmes étaient assises, — deux femmes de la Société des Pêcheurs du Lac : l’une toute jeune, assez jolie, l’autre d’une quarantaine d’années, droite, sèche, les lèvres pâles et minces, les cheveux partagés en deux bandeaux très noirs, très plats, le nez chaussé d’une paire de lunettes. Debout contre la fenêtre et tournant le dos à tout le monde, un vieillard faisait une lecture à haute voix.

— Coulombier ! m’écriai-je. Qu’avez-vous ?