Il me fit signe de la main de me taire, — et je me tus, — et je demeurai là, planté sur mes pieds, entre ce mourant, ces deux femmes, ce vieillard.
— « Alors, continuait celui-ci, il arrivera ceci que toutes les vérités vers lesquelles nous tendions ici-bas nos mains éperdues, nous monterons vers elles, comme l’alouette vers le soleil, et, là-haut, enfin, ayant traversé tous les cercles et subi victorieusement toutes les épreuves, nous en aurons la révélation. »
— La révélation ! répéta d’une voix froide et forte la femme aux bandeaux noirs.
Pendant trois ou quatre minutes, la lecture se poursuivit. De quoi était-il question ? Je ne saurais trop le dire. J’entendais des mots : amour, gloire… Mais toute ma pensée allait à cet homme qui mourait pour moi et qui ne m’aimait pas, et que, bon gré, mal gré, même à cette heure, je ne pouvais pas aimer.
Enfin le vieillard se tut et j’entendis qu’il fermait le livre. Alors je répétai :
— Qu’avez-vous ? Depuis quand êtes-vous malade ?
— Depuis ce soir où nous nous sommes rencontrés, me dit Josué, en s’efforçant de prendre une voix sereine et détachée. En rentrant je suis tombé sur mon lit… Et voilà : je m’en vais.
— Vous vous en allez ! m’écriai-je. Mais pourquoi parlez-vous ainsi ? Vous n’avez pas vu un médecin ?
— Tout ce qu’il fallait faire humainement a été fait, dit-il. Mais Dieu m’appelle. Les hommes n’ont plus qu’à se taire…
Il chercha très loin son souffle :