— Asseyez-vous, me dit Josué, d’une voix qui semblait sortir de la tombe.
Il s’était à demi hissé sur l’oreiller.
— Ne vous fatiguez pas, fis-je. Je suis sûr que si vous essayiez de dormir…
D’un geste bref et las de la main il eut l’air de balayer mes paroles :
— Parlons peu, dit-il, parlons bien. Je vais partir et je veux que vous sachiez que ce départ me cause une grande joie. Oui… C’est ainsi !… Je vais enfin pouvoir contempler face à face Celui qui est. Je n’ai qu’un regret : m’en aller en laissant derrière moi des âmes que j’aurais peut-être pu amener à la Vérité des Vérités et que, faute d’être assez adroit, assez courageux, assez persévérant, ou, peut-être même, faute d’avoir eu suffisamment la foi, je n’ai pas su gagner à Dieu… En disant cela je pense à la vôtre… à votre âme, oui !… ô vous dont je ne sais même pas le nom !… petit poisson du Lac, que j’ai essayé de pêcher avec un filet aux mailles trop larges… Et pourquoi votre âme m’est-elle un particulier sujet de souci ?… Peut-être parce que je sens que vous n’êtes pas si loin de Dieu que vous semblez le croire et qu’il suffirait de bien peu de chose… de ce très léger effort supplémentaire qui tire de l’ornière les chars les plus profondément embourbés… Oh ! vous !… vous !… quelle joie ce serait pour moi si, avant de retourner à Jésus, j’apercevais sur votre front la lueur sacrée de l’Esprit !…
J’avais bien envie de lui dire :
— Mais, mon pauvre ami, ne vous préoccupez donc pas de tout ça, de mon âme, de mon salut… Pensez à vous, défendez-vous, tâchez de vous tirer de là, ou, s’il est trop tard, mourez doucement, aussi confortablement que possible…
Mais à quoi bon parler aux gens une langue qu’ils ne comprennent pas et pourquoi leur faire de la peine ?
Je le regardai dans les yeux et posant ma main sur sa main brûlante :
— Écoutez, Josué, dis-je. Je crois que quelque chose est né en moi…