— Savez-vous, me dit Josué quand il eut entendu la porte de la rue se refermer, — savez-vous ce qui se passe depuis un moment ?
— Non, Josué. Quoi donc ?
— Je crois que j’ai trop présumé de moi-même… J’ai peur !…
— Peur de quoi ?
— Peur de la mort ! dit-il d’une voix que je ne lui connaissais pas, — la voix d’un enfant qui s’effraie, la nuit, d’aller tout seul dans une pièce sombre.
— Mais, mon pauvre Josué, lui dis-je, primo vous ne mourrez pas… on ne meurt pas comme ça !… et, secundo, à supposer que vous dussiez passer de cette vie dans l’autre, qu’est-ce que c’est que la mort ? Qu’est-ce qu’il y a d’effrayant là-dedans ?
— Oui, fit-il. C’est ce qu’on dit tant qu’on n’y est pas… C’est ce que je disais encore tout à l’heure… Puis il y a aussi ceci : je commence à me demander si cette vie ne méritait pas d’être vécue ?…
Ces derniers mots me parurent si humains, si près de mon cœur, si semblables aux mots que j’aurais pu prononcer moi-même, que j’eus l’impression que la mort, dans son abominable travail de désagrégation, venait de dégager une âme nouvelle, sensible à la grâce des choses, — et je me sentis bouleversé.
Il m’avait pris la main :
— Dites ? La vie ? Qu’est-ce que c’est ?