— Non, dit-il, — et des larmes perlèrent sous ses cils. C’est fini…
Et il me prit la main et la pétrit dans la sienne…
— Vous resterez là, dit-il… Jusqu’au bout ?
— Je vous le promets…
Ce fut de nouveau le silence. La petite chambre était tendue d’un papier à décor rouge sur fond crème : de petits personnages, des vignerons faisant la vendange, des paysans en costume du dix-huitième siècle dansant autour d’un arbre de mai, des patineurs, de petits amours volant… Toute cette illustration galante prouvait clair comme le jour le complet détachement du pauvre Josué pour le monde extérieur. Il avait vécu au milieu de ces naïves petites choses de gaîté et de libertinage sans même les apercevoir. Il n’avait rien vu de ce monde. Il n’avait vu que son rêve.
Au bout d’un instant il frissonna sous ses couvertures :
— Avez-vous froid ? lui demandai-je.
— Froid ? Non… Je n’ai pas froid… Mais je crois que je vais avoir froid… Ce doit être une chose glacée… Comme c’est étrange !… Est-ce qu’il y aura toujours de la mort ?
— Tant qu’il y aura de la vie, probablement, répondis-je, comme si je m’étais parlé à moi-même.
Une demi-heure à peu près s’écoula. La petite pièce était tout entière plongée dans la nuit, sauf un cône de lumière qui tombait de la lampe à pétrole placée sur la table de chevet et qui éclairait une partie du lit, les mains allongées du mourant, un pan de mur, des vêtements en paquet sur une chaise.