Et ce fut la fin. Il se souleva un peu, se retourna de nouveau vers moi, me regarda avec des yeux, un visage où il y avait une sorte de sourire comme quand on dit : « Est-ce bête, tout ça !… » ouvrit la bouche à demi, dit encore : « Et puis ?… et puis ?… » et, tout à coup, sur une dernière convulsion, tout se relâcha, se détendit, s’étendit… Il était mort…

— Josué ! Mon Dieu ! C’est abominable ! m’écriai-je.

Je m’étais jeté à genoux et la tête dans mes mains je pleurais.

XIX

Le père du pauvre enfant revint un peu avant minuit. Il ne posa aucune question. Il resta seulement un long moment à regarder le cadavre de son fils, s’approcha du lit, posa sa main sur le front du mort, — sa poitrine se gonfla d’un énorme soupir, comme si toute la machine allait se briser en sanglots, — et ce fut tout : pas un pli de son visage ne broncha.

Il revint vers le milieu de la pièce, enleva son cache-nez, son pardessus, les plaça calmement sur le dossier d’une chaise, et, se tournant vers moi :

— Vous pouvez aller vous coucher, cher monsieur, dit-il. Je le veillerai.

Je m’étais levé, et j’allais m’en aller, j’avais déjà la main au bouton de la porte, quand quelque chose éclata en moi, qui était de la rage et du désespoir :

— Ah ! dis-je, quels crimes on peut commettre avec les meilleurs sentiments du monde !

Il me regarda surpris :