J’avais terminé la remise en état de mon matériel. Il ne me manquait plus que le traîneau et les chiens… Aklansas est plein de marchands de chiens. Vous trouvez des attelages à tous les prix. Trois fois par semaine, vous avez, autour du temple protestant, un marché en plein air, avec les plus belles bêtes comme avec les plus lamentables. J’ai vu vendre à un Italien qui partait comme un fou à la conquête de l’or un attelage de douze chiens qu’il paya mille dollars, sans sourciller… Mais le chien de tête, un vétéran de la neige, aux yeux de feu, aux reins et aux pattes d’acier, était une bête magnifique… Par contre, j’ai vu mettre en vente des chiots à moitié crevés, que des pauvres diables payaient un dollar, — et encore en geignant !
Je me promenais un jour au milieu de toutes ces bêtes et de toutes ces gens, — il tombait une neige rapide et serrée, qui, en un rien de temps, ensevelissait traîneaux et attelages… On était forcé, toutes les cinq minutes, de siffler les bêtes, pour qu’elles se secouassent de ce linceul… Alors elles sautaient sur leurs pattes en s’ébrouant et en envoyant de tous côtés ces espèces de duvets gluants.
Je fus accosté par un grand diable d’Indien qui me dit :
— Si vous achetez quoi que ce soit ici, vous allez vous faire voler. Adressez-vous à moi : vous en aurez pour votre argent.
— J’ai déjà entendu ce boniment-là, lui dis-je, dans la bouche de bien des canailles.
— C’est vrai, fit-il. Moi aussi. Faites donc à votre fantaisie.
Mais comme il me tournait le dos :
— Vous avez un traîneau et des chiens ? lui demandai-je.
Il fit demi-tour :
— Oui, dit-il. Venez chez moi.