Un nommé Dick Sweeny, qui était employé au Cadastre, me raconta, même, sur l’Indien, une chose assez honorable :
Trois ou quatre ans auparavant, Patrice, revenant du Nord, les poches bourrées d’or, avait rencontré à Aklansas une petite servante. Ce n’était pas une Indienne, — ce qui eût rendu son geste, peut-être, moins magnifique, — mais une Espagnole, qui était en train de mourir de phtisie, — car on meurt beaucoup de phtisie à Aklansas ; sur dix habitants il y en a quatre qui sont touchés.
Patrice ne s’était point du tout amouraché de la petite bonne. Elle était d’ailleurs laide, sale, bête, — toutes les vertus. C’est à peine s’il avait échangé avec elle trois ou quatre paroles dans le bar où elle lavait les verres. Mais, un beau matin, sans crier gare, il lui avait mis dans la main deux cents dollars, « pour ficher le camp et aller se retaper au soleil ». La petite bonne, ahurie, n’avait même pas remercié Patrice, qui, d’ailleurs, ne quêtait aucun remerciement.
Elle avait dit à son patron :
— Il y a une espèce d’idiot qui m’a donné deux cents dollars… Qu’est-ce qu’il veut ? Je le vois venir… Mais j’ai les deux cents dollars et je les garde… Pour le reste qu’il aille se faire f…
Elle avait laissé ses verres, son tablier, était partie, le soir même, — et, d’après ce qu’on avait appris, trois semaines plus tard, elle était morte, peut-être plus rapidement que si elle était restée à Aklansas, car le soleil, quand on a recours à lui trop tard, hâte plutôt la fin qu’il ne la diffère, — mais elle était morte dans la lumière…
— C’était toujours ça, conclut Dick Sweeny. Il faut toujours sortir, mais il y a plusieurs portes.
XXI
Il m’arriva ce soir-là une autre histoire.
J’étais chez Zarnitsky, dans un coin de la salle, en train de causer avec divers individus, qui avaient été plus ou moins en rapport avec mon Indien. Un gamin, que j’avais déjà aperçu plusieurs fois, — il venait de temps en temps, quand il y avait presse, aider Zarnitsky, — s’approcha de moi et me fit signe qu’il voulait me parler.