— Ah ! Zarnitsky !… cher homme !… lui dis-je, en continuant de le secouer. Il ne s’agit plus de Scriabine… Je pars pour le pays de l’or !

— Pour le pays de l’or ? dit-il. Vous partez ?… Savez-vous ce que vous feriez si vous étiez humain ? Vous partiriez sans bruit…

Il retomba dans son sommeil. Je lui mis dans la main un billet de vingt dollars qui représentait peut-être plus, peut-être moins que ce que je lui devais… Puis, ayant sur ce billet, refermé ses doigts extraordinairement osseux, je montai dans ma chambre, arrimai tout mon attirail : mon sac, mes outils, mon fusil, — et descendis tout cela devant la porte.

La neige s’était mise à tomber, et, comme toujours, quand la neige tombe, un silence de tombeau s’était fait. La neige, au bout d’un moment, tomba si dru, le silence s’épaissit à ce point, que Patrice, ses chiens, son traîneau, tout cela, à un mètre de moi, sortit de ce grand mur blanc sans que je l’eusse entendu venir.

— Allez ! Montez vite ! me cria Patrice. Que les chiens n’aient pas le temps de se battre…

Je jetai tout mon fourniment dans le traîneau. Je m’y jetai moi-même, et, avant même que j’eusse eu le temps de m’installer et de me caler, l’Indien lança son cri étouffé : Rrrra…i !… Nous nous élançâmes dans cette espèce de nuit blanche.

— Eh bien ! me dit Patrice au bout d’un moment, la confiance est venue ?

— Bah ! fis-je. Qu’est-ce que je risque !

— C’est bien certain. Rien que la mort.

XXIII