A quoi l’autre répondait :

— Sûrement !

Puis le silence, de nouveau, se jetait sur nous, à la façon d’une couverture.

XXVI

Je passai toute la journée à nettoyer mon fusil. Il en avait besoin. Mais moi aussi j’avais besoin de frotter et de récurer. Sans ce travail, je me demande comment j’aurais tué les heures. Patrice, lui, avait sorti de sa poche son couteau et il s’amusait à tailler de petits bouts de bois, assis sur le sable. Parfois, se renversant en arrière, comme un homme tué d’une balle, il restait étendu sur le dos, la face parallèle au plafond laiteux du ciel.

Nous eûmes un petit moment de distraction vers le soir parce que les chiens se mirent à grogner.

— Qu’est-ce qu’ils ont ? demandai-je.

Patrice alla leur jeter un coup d’œil et revint en disant :

— Pas grand’chose. Le poil n’a pas bougé. C’est une petite bête qui doit rôder dans les environs.

Comme mon fusil était tout battant neuf et que je ne voulais pas le salir, je pris celui de Patrice, un vieux Witneys, lourd comme une bombarde, au canon tout bosselé de chocs. Mais j’eus beau aller et venir sur la grève, pousser jusqu’aux premières falaises, fouiller les roches, je ne trouvai rien.