Je revins sur mes pas. Je trouvai Patrice en train de faire le dîner.
— Nous allons manger tout de suite, dit-il. Après quoi nous irons nous coucher.
Ce que nous fîmes. Nous dévorâmes silencieusement notre ration de biscuit et de poisson fumé (notre régime était exactement le même que celui des chiens) en nous regardant de temps en temps du coin de l’œil.
En fait, chacun de nous savait bien ce que pensait l’autre et la situation nous paraissait assez comique.
Nous nous couchâmes ce soir-là à six heures. Jamais nous ne nous étions couchés si tôt. Nous eûmes une peine énorme à nous endormir. Vers minuit ou une heure seulement, nous tombions dans le néant et après nous être cent fois tournés et retournés sur notre grabat.
A sept heures du matin, Patrice était debout. Il me réveilla en me secouant comme un sac avec son pied.
— Eh ! dites ! fit-il. Écoutez-moi !
J’ouvris un œil ahuri. Il était debout, tout équipé, avec ses raquettes et son fusil. Je me dressai sur mon séant :
— Qu’est-ce qui vous prend ?
— Est-ce que nous allons faire longtemps les imbéciles ? demanda-t-il. Je m’en vais. Je ne peux pas tenir en place. Je vais sur le terrain comme j’y suis allé hier…