— Je m’en doutais bien !…
— Parbleu !… Me prenez-vous pour un infirme ! Je serai de retour dans l’après-midi ou la soirée…
Il partit, sans même me dire au revoir, les yeux brillants, un peu comme un fou.
XXVII
Je restai encore une bonne demi-heure au lit. Chose curieuse, quand, aujourd’hui, je me reporte à ces jours lointains, je ne me rappelle pas que la folie de l’or m’eût déjà gagné. J’étais venu de beaucoup plus loin que Patrice pour le trouver, cet or, et, comme Patrice, je voulais jeter dans l’aventure mon sang, ma vie… Mais l’or n’avait pas encore pour moi le même sens que pour Patrice. L’or n’avait pour moi qu’un sens financier. L’or, monnaie d’échange, moyen de vivre bien, luxueusement, de se payer du bonheur, de la liberté, de la puissance, — et, en ce qui me concernait, de jeter l’éponge sur une folie misérable… Car je voulais payer ! payer !
Pour Patrice, c’était bien autre chose !… c’était l’Or !… l’or, chose vivante, attirante, fascinante, ayant sa splendeur propre… Patrice, qui connaissait l’or, qui s’était, toute sa vie, battu pour lui, qui pour lui avait atteint aux limites de l’effort, de la peine, du danger, — Patrice était happé par l’or. Moi, je restais encore calme et je ne comprenais pas, — pas plus que l’homme sain, le petit bourgeois tranquille, placide, ne comprend l’homme qui boit, l’homme qui joue, l’homme qui tue.
Je passai donc encore cette journée-là sans trop de nervosité, à bricoler de droite et de gauche, à sentir ma fatigue, — cette fatigue de deux mois de route, de traîneau, de neige, de vent glacé, de hâlage, — à la dorloter comme un enfant meurtri, en tâtant, en palpant ma chair, mes muscles. J’étais assez content d’avoir fait ce que j’avais fait, d’avoir tenu l’effort, vaincu le froid. J’étais comme fier de me sentir revenu à l’animalité.
Patrice, que je n’attendais que le soir, revint peu d’instants après midi, — morne, le regard mauvais.
— Qu’avez-vous ? lui dis-je.
— C’est très simple, répondit-il. Je crois que nous sommes tombés sur un sale endroit…