Quelquefois un peu de verdure
Rit sur la glace de nos champs;
Elle console la nature,
Mais elle sèche en peu de temps.
«Mais il n'y aura pas même bientôt un peu de verdure sur ma glace,
et rien ne me consolera que vous. Laissons ce triste sujet.
«Je crois vous avoir dit que j'avais envoyé par le dernier courrier, à M. de La Ferronnays, mon gros Mémoire sur les affaires de l'Orient. Il ne me manquait plus, pour achever de me dégoûter de la politique, que de voir le triomphe de la peste, de l'esclavage et de la barbarie disciplinés, et des esprits assez bornés pour applaudir à ce triomphe, pour n'en pas découvrir les conséquences, même prochaines, sur les libertés des peuples et sur la civilisation!
«Sept heures du soir.
«Je reçois vos lettres du 9 et du 11; elles sont pleines de cajoleries. Ne vous donnez pas tant de peine pour me séduire: vous êtes sûre de votre succès. Suspendez donc simplement Moïse; j'y consens. Quant au ministère, vous voyez que ma lettre entre parfaitement dans vos idées. Tant que M. de La Ferronnays est en nom, rien n'est changé dans ma position par un intérim. Je ne ferai donc absolument rien, j'attendrai. Je serai tout comme j'étais, lorsque M. de Rayneval avait l'intérim.
«J'ai dans l'espace de quelques mois consolidé les affaires de Rome. Je crois que Sa Sainteté est contente de moi; je pense que les arts n'en sont pas mécontents. Ce court voyage a quelque gravité, je ne veux pas la lui faire perdre par de la précipitation et de l'impatience. J'ai mis quelque coquetterie à faire de mon mieux sur un petit théâtre. Je n'ai paru rien dédaigner, pas même les bals. Maintenant j'irai, quand il en sera temps, vous retrouver avec des transports de joie. Avant tout, mon repos à présent.
«Quant à ce ministère des arts dont votre imagination s'amuse, nous n'en sommes pas encore à un ministère. Attendons. Et ne croyez pas surtout que je me croie Sophocle et Périclès. Je suis trop vieux pour être si fat. À vous, à vous.»
LE MÊME.
«Rome, 1er janvier 1829.
«1829! J'étais éveillé; je pensais tristement et tendrement à vous, lorsque ma montre a marqué minuit. On devrait se sentir plus léger à mesure que le temps nous enlève des années; c'est tout le contraire: ce qu'il nous ôte est un poids dont il nous accable. Soyez heureuse, vivez longtemps; ne m'oubliez jamais, même lorsque je ne serai plus. Un jour il faudra que je vous quitte: j'irai vous attendre. Peut-être aurai-je plus de patience dans l'autre vie que dans celle-ci, où je trouve trois mois sans vous d'une longueur démesurée.