M. CHATEAUBRIAND À Mme RÉCAMIER.
«Samedi matin.
«Je n'ai pu écrire hier matin. J'ai été obligé d'aller chez le roi. Nous sommes dans un moment d'où dépend notre avenir. Chaque dépêche télégraphique peut nous apprendre la plus grande nouvelle. Rien n'est arrivé, rien n'arrivera peut-être encore de quelques jours. Mais ces jours seront des jours de perplexité. Aurons-nous pris, ou aurons-nous manqué de prendre l'île de Léon? Tout est là.
«Je suis accablé de conférences et de courriers. Pour comble de maux, je ne pourrai vous voir encore aujourd'hui, mais à quelque chose le malheur est bon, et cela me fera rompre la fatalité du dimanche. Demain à notre heure. J'irai vous conter tout. Vous êtes pourtant un ange cruel et vous ne méritez guère d'avoir un esclave aussi soumis.
«Ballanche a dîné chez moi hier. J'ai eu soin d'écarter toute conversation politique. Cela m'a fait grand plaisir de voir chez moi le vieil ami.»
LE MÊME.
«Jeudi matin.
«Nous sommes bien tourmentés par une nouvelle télégraphique qui nous annonce, de Bayonne, que le roi d'Espagne est délivré, et pourtant nous ne croyons pas à cette nouvelle. Vous savez ce que c'est que des espérances dont on sent la fausseté et que pourtant on veut croire par faiblesse. Mais moi, ai-je l'espoir de vous voir samedi soir à sept heures?»
LE MÊME.
«5 heures.