Mais M. de Chateaubriand était essentiellement un homme d'action, et un événement imprévu devait presque aussitôt l'y faire rentrer. Il était encore à Genève, lorsqu'il apprit l'arrestation de Mme la duchesse de Berry: cette nouvelle fit cesser ses irrésolutions; il accourut à Paris, sollicita des ministres l'honneur d'être un des défenseurs de la princesse captive, et ne pouvant défendre une femme qu'on ne voulait pas juger, mais qu'on espérait déshonorer, il publia son Mémoire sur la captivité de madame la duchesse de Berry. Tout le monde se souvient de l'éloquente péroraison qui termine cet écrit: «Madame, votre fils est mon roi.»

Cette brochure valut à M. de Chateaubriand un procès de presse, mais le jury rendit un verdict d'acquittement. Après sa sortie de Blaye, Mme la duchesse de Berry écrivit à M. de Chateaubriand, et lui demanda d'aller à Prague en son nom, de voir ses enfants, et d'annoncer au roi Charles X son mariage avec le comte Lucchesi Palli. Il n'avait garde de refuser la mission que lui confiait une femme malheureuse, et il partit pour la Bohême le 14 mai. Il écrivait de la route:

M. DE CHATEAUBRIAND À Mme RÉCAMIER.

«14 mai 1833.

«Écrivez toujours poste restante, et puis, si vous vous informez bien, vous trouverez quelques banquiers qui feront passer vos lettres par leurs correspondants.

«Dites à Mme de Boigne que je suis parti dans les idées les plus pacifiques, voulant empêcher toutes les petites intrigues, et arriver, s'il est possible, à des arrangements éventuels pour l'avenir, pourvu que le juste milieu n'aille pas m'attaquer et se montrer ennemi personnel.

«Quand la nouvelle de mon départ éclatera, que les journaux disent tout net et sans commentaire que je suis en effet allé à Prague, chargé d'une mission de la part de Mme la duchesse de Berry: veillez bien à cela.

«Que je suis malheureux de vous quitter! mais je serai revenu vite, et je vous écrirai de la chute du Rhin. À vous pour la vie! à vous, à vous!»

LE MÊME.

«Bâle, 17 mai 1833.