«BÉRANGER.»
Après la publication de son Milton, M. de Chateaubriand était parti avec sa femme pour aller faire une visite à son fidèle ami M. Hyde de Neuville, au château de l'Étang, dans le département du Cher; et Mme Récamier, de son côté. s'était établie à La Chapelle-Saint-Éloi, chez sa nièce, où M. de Chateaubriand formait le projet de la retrouver. Il lui écrivait de Sancerre le 2 août 1836:
«Nous partons décidément samedi prochain; nous serons à Paris le dimanche 7. Attendez à Saint-Éloi; si j'ai l'espérance d'aller vous chercher, je vous le manderai; car, pour votre santé, je crois que le séjour dans ces riantes vallées vous fera du bien. Si je ne puis obtenir ma liberté, vous reviendrez me rendre la vie. Je ne fais rien ici, je ne lis pas un journal, je ne me soucie de rien que de vous. Vous êtes désormais tout ce qui me reste d'avenir et de jours.
«Priez pour le pèlerin de Terre Sainte à votre petite chapelle.»
Quelques jours après il lui écrivait encore:
M. DE CHATEAUBRIAND À Mme RÉCAMIER.
«Paris, 8 août 1836.
«Tandis que vous vous fâchiez si mal à propos, que vous vous plaigniez de n'avoir pas de longues lettres pour avoir un prétexte de n'écrire que deux mots, ou ne pas écrire du tout, moi je mourais d'ennui, de contrariétés de toutes les sortes, afin d'obtenir la permission d'aller vous retrouver, pour que vous ne reveniez pas trop vite à Paris, de peur que votre santé ne souffrît de ce retour que vous ne désirez pas. Je l'ai obtenu ce congé, à force de patience. Il faut maintenant que je fasse raccommoder ma voiture qui est toute brisée; elle sera prête à la fin de la semaine. Je pourrai partir dimanche ou lundi 15.
«Voulez-vous que j'aille directement à la Rivière-Thibouville[99], en finissant par Dieppe; ou voulez-vous que je commence par Dieppe en finissant par Saint-Éloi? Vous avez le temps de me tracer mon voyage, en me répondant tout de suite.
«Voilà comme je réponds à vos fâcheries; et je vous jure que, pour personne au monde que vous, je ne courrais les grands chemins à présent. Je suis las de tout mouvement; je veux définitivement fixer et terminer ma vie, ne plus reparaître d'aucune façon sur la scène du monde, pas même en explorateur des grandes chutes.