«Mme la duchesse de Noailles est nièce de M. le marquis de Mortemart, mon ancien colonel au régiment de Navarre; elle a une triste et douce ressemblance avec ma soeur Julie.
«La Fontaine disait à Mme de Montespan:
«Paroles et regards, tout est charme dans vous,
Olympe; c'est assez qu'à mon dernier ouvrage
Votre nom serve un jour de rempart et d'abri.
Protégez désormais le livre favori
Par qui j'ose espérer une seconde vie.
«Dans le mariage de M. le duc de Noailles et de Mlle de Mortemart, sont venues se perdre les rivalités de Mme de Maintenon et de Mme de Montespan. À la présente heure, qui se trouble la cervelle à propos du coeur d'un souverain? Ce coeur est glacé depuis cent vingt ans, et, dans le décri et l'abaissement des monarchies, les attachements d'un roi, fût-il Louis XIV, sont-ils des événements? Sur l'échelle énorme des révolutions modernes, que peut-on mesurer qui ne se contracte en un point imperceptible? Les générations nouvelles s'embarrassent-elles des intrigues de Versailles, qui n'est plus qu'une crypte? Que fait à la société transformée la fin des inimitiés du sang de quelques femmes, jadis destinées, sous des berceaux ou dans des palais, à la couche de duvet ou de fleurs?
«Cependant, autour des intérêts généraux de l'histoire, ne serait-il pas des curiosités historiques? Si quelque Aulu-Gelle, quelque Macrobe, quelque Slobée, quelque Suidas, quelque Athénée du Ve ou VIe siècle, après m'avoir peint le sac de Rome par Alaric, m'apprenait, par hasard, ce que devint Bérénice quand Titus l'eut renvoyée; s'il me montrait Antiochus rentré dans cette Césarée, lieux charmants où son coeur… avait adoré celle qui en aimait un autre; s'il me menait dans un château du Liban, habité par une descendante de la reine de Palestine, en dépit de la destruction de la ville éternelle et de l'invasion des Barbares, il me plairait encore de rencontrer dans l'Orient désert le souvenir de Bérénice.»
L'absence de Mme Récamier se prolongea quelques jours de plus que M. de Chateaubriand ne l'avait craint. Au lieu de revenir à Paris en quittant Maintenon, elle alla visiter, avec M. Ballanche et M. Ampère, un ancien et fidèle ami, le duc de Laval, dans sa terre de Montigny, que depuis la révolution de Juillet il se livrait avec passion à embellir.
Il lui écrivait pour lui rappeler l'engagement pris d'aller à Montigny:
LE DUC DE LAVAL-MONTMORENCY À Mme RÉCAMIER.
«Montigny, 26 juin 1836.
«Je vous prie de me confirmer par un mot direct, si vous en avez la bonne grâce, ou indirectement par un de vos compagnons de voyage, vos dispositions de campagne. Ne me laissez pas dans le vague sur des projets qui me tiennent si vivement au coeur.