Mme Récamier, en retournant à Rome, se croyait donc certaine de l'arrivée prochaine du meilleur de ses amis.
Le duc de Laval lui écrivait à son tour au moment de quitter Paris:
LE DUC DE LAVAL MONTMORENCY À Mme RÉCAMIER.
«Paris, 23 octobre 1824.
«Vous savez ce que c'est que les derniers moments avant le départ. Tout est confusion, presse, et l'on ne trouve pas une minute de repos; c'est ma situation. Ceci ne sera donc qu'un mot pour vous reprocher de ne plus m'écrire. Mais nous savons que vous devez arriver à Rome vers cette époque, que M. Ampère vous a quittée pour s'embarquer et rentrer en France. Quant à moi, je n'ai plus que quarante-huit heures à passer ici, et je compte sur quinze jours de route. Je vous écrirai de Turin un mot qui me précédera.
«Quant au cousin, son voyage est dans les incertitudes, les probabilités. L'envie est vraie, très-réelle de sa part, mais la décision n'appartient pas à lui seul.
«Quel charme n'y aurait-il pas de nous trouver tous trois,
lorsqu'on ouvrira la porte sainte, tous trois amenés par des voies
si diverses!
«René vient d'arriver, se tait en ce moment, mais se prépare au combat. Toutes les négociations ont échoué. Mille tendres assurances du plus inaltérable sentiment.»
Ce fut donc avec un vrai plaisir, et une espérance qui lui était fort douce, que Mme Récamier revint, avec sa nièce et le fidèle Ballanche, dans cette Rome dont le charme exerce sur tous ceux qui l'ont habitée un tel empire, qu'on ressent pour elle quelque chose de l'amour qu'on a pour sa patrie. Elle y précéda de peu de jours son ami l'ambassadeur de France, et s'établit cette fois au palais Sciarra dans le Corso, dans un appartement que lui louait meublé un Anglais, homme d'esprit et de bonne compagnie, lord Kinnaird.
Le duc de Laval, au milieu de toutes les nouvelles qu'il apportait de
France, ne laissait pas beaucoup espérer la réalisation du projet de
voyage du duc Mathieu; il était porteur d'une lettre du duc de
Doudeauville conçue en ces termes: