L'écrit auquel M. de Montmorency vient de faire allusion était du nombre de ceux que le noble auteur du Génie du christianisme consacrait à la cause de l'émancipation des chrétiens en Orient. Qu'on les relise, et on verra si la civilisation, la liberté et la religion, ont jamais parlé un plus beau langage!

Au surplus, nous aimons à constater, dans les lettres de M. de Montmorency, que toutes les nuances du parti royaliste prirent un intérêt vif et véritable à la cause de l'émancipation de la Grèce.

Charles X, par l'expédition de Morée, a lié, dans la reconnaissance des Grecs, le souvenir de la maison de Bourbon au glorieux souvenir de l'ère de leur indépendance.

Mme Récamier avait été des premières à se passionner pour la cause grecque. Le jeune Canaris, que le comité hellénique faisait élever à Paris, passait presque tous ses jours de sortie à l'Abbaye-au-Bois. On trouvera plus loin une lettre de M. de Chateaubriand adressée de Rome à cet enfant.

Le mois de septembre s'écoula pour Mme Récamier dans cette charmante retraite de la Vallée-aux-Loups, où, depuis plusieurs années déjà, elle allait chercher du repos et de la verdure, et à cette occasion M. de Montmorency lui disait: «Je suis charmé que la présence de l'amitié consacre de temps en temps ce vallon.»

M. Bigot de Préameneu étant venu à mourir à la même époque, on engagea M. de Montmorency à se mettre sur les rangs pour le remplacer à l'Académie française.

L'Académie s'est de tout temps associé un certain nombre de grands seigneurs; ils apportaient dans son sein une élégance de langage, une tradition de goût, un sentiment délicat des nuances et, pour employer une expression de M. Ballanche, un parfum de la chambre des dames, qui jusqu'à présent avait été un des traits caractéristiques des belles époques de notre littérature. M. de Montmorency, un des derniers, possédait ces traditions de la bonne compagnie, sa correspondance en a donné la preuve: on eut donc raison de vaincre les scrupules de sa modestie, et l'Académie fit un bon choix en le nommant le 3 novembre 1825.

Mais si ce succès fut prisé très-haut par M. de Montmorency, il le confirmait dans la résolution d'abandonner la pension littéraire attachée au fauteuil auquel on voulait bien l'appeler, pour en faire profiter un véritable homme de lettres. Il communiqua cette pensée à Mme Récamier, qui l'approuva vivement et qui promit de l'aider dans le choix de la personne à laquelle on offrirait cette pension.

Mme Récamier, si prompte et si ferme à la décision dans les circonstances importantes, aimait à consulter dans les petites. On délibéra donc à l'Abbaye-au-Bois sur l'abandon de la pension de M. de Montmorency, et chacun proposait et vantait son candidat.

Pendant les fréquents séjours que Mme Récamier avait faits à Aulnay, dans la jolie vallée de M. de Chateaubriand et de M. de Montmorency, le hasard et le voisinage l'avaient mise en relation avec un littérateur d'un esprit rare et mordant, M. Henri de Latouche. Il possédait à Aulnay une maisonnette dont un rosier couvrait la façade, qu'entouraient quelques pouces de terrain garnis de fleurs, mais qui participait à la grâce riante de ce vallon, bien dépoétisé aujourd'hui, me dit-on, et charmant alors par le silence et la solitude.