On sait en quoi consiste le divertissement de ce premier jour de carnaval et quel aspect unique donnent à la ville les déguisements qui y fourmillent.
Du plus pauvre au plus riche, le branle est donné, et non seulement parmi les étrangers venus pour s’amuser, mais chez les habitants mêmes.
Papier ou soie, chacun a fait selon sa bourse ; mais chacun se dépense individuellement, criant, riant, se trémoussant, et de là résulte cette prodigieuse animation, cet entrain endiablé qui gagnent tous ceux qui en sont témoins sans qu’ils puissent savoir comment.
Ce n’est pas un spectacle ordonné à l’avance, ce sont des gens qui s’amusent follement pour leur compte, et qui au bout de dix minutes vous donnent l’envie irrésistible d’en faire autant.
Lancer le plus de confetti qu’on peut, en recevoir le moins possible : voilà la grande affaire ; et pour qui connaît ces dragées de plâtre, assez friables pour s’émietter sur les victimes qu’elles enfarinent, mais assez dures pour que la grêle en soit sensiblement désagréable, cette double ambition se conçoit à merveille.
Jetés à la pelle des voitures sur les piétons, des balcons sur toute la foule, c’est une nuée comparable seulement aux sauterelles d’Égypte.
Au bout de deux heures, le sol en est jonché, les chevaux y enfoncent leurs sabots, et les voitures semblent avoir quatre roues de moulin, broyant sans relâche une farine grisâtre.
Sur tout cela un soleil éclatant qui change en poudre d’or cette poussière aveuglante, une bonne humeur et une convenance à déconcerter la police, et au travers de cette brume artificielle des quiproquos, des rencontres, des visions fantastiques, avec le mystère du masque et l’attrait de l’inconnu pour excitants.
La fête battait son plein.
Arrêtés au coin d’une rue, trois jeunes gens, ou ce qu’on avait le droit de supposer tels, sous l’enveloppe luisante qui affirmait des marsouins gigantesques, tenaient conseil.