Debout, en face d’eux, sur des tréteaux établis à la diable, et qui faisaient trembler pour la sûreté de leur possesseur, un grand domino captivait la foule.
Appuyé contre une caisse de confetti qui lui allait à mi-corps, une pelle dans chaque main, il s’escrimait sans relâche, et la vivacité de ses mouvements, ses ripostes aux lazzi qui montaient, faisaient de ce siège qu’il soutenait à lui seul une scène fort plaisante.
Seulement, conjectures et indiscrétions restaient vaines. Le capuchon du domino rabattu comme celui d’un chartreux enveloppait toute la tête d’une ombre mystérieuse, et les curieux, criblés littéralement, passaient leur chemin le dos rond, pendant que les marsouins, désormais convaincus, s’avançaient à leur tour.
Mais avec une attention égale à la leur, le domino avait suivi leur marche, et s’armant d’un grand seau déposé à ses pieds, il l’emplit jusqu’aux bords, et tant sur le trio que sur la foule ahurie, lança à la volée, une fois, deux fois, dix fois, tout ce que contenait son formidable récipient.
Un mélange de cris et de rires s’éleva comme une tempête, et un des jeunes gens si vertement accueillis sauta d’un bond sur les tréteaux et plongea ses deux mains dans la caisse en criant au domino :
— Part à deux, Kerdren, hein ?
— Part à tout seul si tu veux, répondit-il en renversant son capuchon et en faisant le geste de s’éventer, je n’en peux plus. Voilà une heure que je joue le rôle de robinet près de ce réservoir sans arriver à l’épuiser : je veux marcher dans le tas.
Et comme à peine le pied à terre, il voyait les convoitises allumées autour de son établissement :
— Monte ici, gamin, cria-t-il, en prenant par la ceinture un enfant qui le regardait : pelle, seau, confetti, tout est à toi !
Puis sans attendre un remerciement qui ne paraissait pas formulable au petit avec des mots ordinaires, il passa son bras sous une des nageoires arrondies que lui tendait son ami, et tous quatre s’éloignèrent d’un pas rapide.