— Vous le ferez ? dit-elle d’un ton inquiet en rouvrant les yeux.
Et comme le jeune homme promettait chaleureusement son dévouement et son affection et essayait en même temps de dire un mot d’espoir…
— Non, je sais bien que c’est la fin, reprit-elle tristement ; mais je n’ose pas lui en parler à lui, j’ai peur de le désoler ; vous lui répéterez tout ce que je ne peux pas dire. Ma tendresse… ma reconnaissance…
Elle s’arrêta encore, et pendant qu’elle reprenait des forces, Yves, la tête entre ses mains se mit à réfléchir. Il pensait à l’horrible contrainte que subissait Jean, en cherchant à rester calme et à paraître confiant, à la réserve que s’imposait la jeune femme dans la crainte de provoquer le désespoir de son mari, et il se demandait si une communauté de douleur ne serait pas préférable à ces chagrins subis en secret des deux côtés. Cette confiance et cette résignation mélancoliques d’Alice le remuaient profondément, et il lui semblait que du moment où la clairvoyance était maintenant aussi grande chez l’un que chez l’autre, pouvoir se parler jusqu’au bout à cœur ouvert serait une douceur plutôt qu’une tristesse de plus, sans compter l’apaisement que l’influence de la malade pourrait apporter dans le cœur révolté de son mari.
Il formula sa pensée avec une discrétion et une réserve extrêmes, et au moment où il finissait, la tête pâle de Jean paraissait au-dessus de l’escalier.
Yves s’éloigna au bout d’un instant sous un prétexte banal, et eux restèrent seuls.
Alice était nerveuse et ses mains tourmentaient les franges de son châle avec un geste inquiet. Ses yeux erraient par un mouvement incessant autour d’elle, et sur ses lèvres entr’ouvertes, il semblait qu’on voyait flotter une question qu’elle n’osait pas formuler. Son attitude frappa bientôt son mari et il l’interrogea avec tendresse.
— Qu’avez-vous, lui demanda-t-il, désirez-vous quelque chose ?
Elle hésita un peu ; puis elle dit seulement :
— Sommes-nous bien loin des côtes en ce moment, Jean ?