— Ma bien-aimée ! Ma bien-aimée !

Avec un léger effort, elle se pencha et attirant l’étole qui était restée sur ses genoux :

— Souvenez-vous ! dit-elle…

Puis elle soupira plus vite, et ce fut tout.

....... .......... ...

C’était par Nice que Jean avait tenu à rentrer en France, se rappelant sa première rencontre avec sa femme dans cette ville où il ramenait maintenant son cercueil.

La tente sous laquelle la jeune femme était restée si longtemps assise était convertie en chapelle ardente et des matelots en grande tenue veillaient sur le pont autour de madame de Kerdren. Le pavillon en berne était voilé de crêpe, et les ornements d’argent du cercueil disparaissaient sous les fleurs.

Il était grand matin quand le yacht mouilla dans le port, et la voiture des pompes funèbre était presque seule sur le quai.

Cependant une animation inusitée se devinait partout, on voyait des fleurs aux maisons, et les promeneurs les plus matineux sortaient avec un air de fête. Dans les cours, des bandes de travailleurs affairés finissaient de garnir des voitures, et les cris des marchandes de bouquets commençaient à se faire entendre.

Ni Jean ni son cousin n’avaient songé qu’on était arrivé au temps du carnaval, et par une coïncidence navrante, la jeune morte rentrait à Nice le jour de la bataille des fleurs juste un peu plus d’un an après la soirée où elle avait rencontré Jean chez madame de Sémiane.