Il s’étonnait à part lui que mademoiselle de Valvieux ressemblât si peu à la lettre qu’elle lui avait écrite, et à ce qu’il l’avait vue le premier jour de leurs fiançailles ; mais être le protecteur attentif et un peu sérieux d’une jeune tête plus ou moins raisonnable ou plus ou moins mobile dans ses impressions, était toujours ce qu’il avait regardé comme le rôle d’un mari, et il appréciait en outre largement tout ce que la position de cette orpheline avait de difficile.
Aussi s’en remettait-il au temps pour rendre à la jeune fille son enjouement paisible et à lui l’abandon de leur premier jour de fiançailles.
XI
Depuis quinze jours Jean et sa jeune femme étaient à Kerdren.
Le mariage s’était fait à minuit, selon un usage assez en faveur dans le Midi, et l’église la plus proche du couvent était si petite que, malgré le nombre relativement restreint des assistants, la cérémonie n’avait pas été triste.
L’amiral commandant l’escadre avait tenu à servir de père à la jeune fille, et madame de Sémiane, grâce à des prodiges de célérité, était arrivée à temps pour l’accompagner à la mairie et à l’église. C’était un peu ce qu’avait espéré Jean en lui faisant part de son mariage télégraphiquement, et il lui était profondément reconnaissant d’être venue abriter le pénible isolement de sa fiancée.
Quant à l’étonnement de la comtesse, on le devine, et ce ne fut que faute de temps qu’elle ne le manifesta pas davantage.
L’interrogatoire qu’elle avait fait subir à Jean ne l’avait éclairée ni peu ni prou, et elle en revenait à sa vieille hypothèse d’hiéroglyphes en regardant le jeune homme.
L’église étincelait de lumières et tous les camarades du marié ainsi que nombre de matelots étaient là.
La plupart avaient envoyé des fleurs à mademoiselle de Valvieux, et tous ces bouquets donnaient au grand salon que madame de Sémiane avait pris à l’hôtel presque un air de chez soi.