Plus tard, introduits à la cour, ils avaient conservé dans presque toute son intégrité leur cachet personnel, et avaient toujours apporté leur dévouement comme un don volontaire, jamais comme un dû. Seulement comme il était convenu que partout où on se battait pour une cause qu’ils approuvaient il y avait un Kerdren, aucun d’eux n’avait jamais laissé chômer son historien de traits héroïques ou chevaleresques, et s’il n’est pas fait mention de leur nom aux plus tristes jours de 93, c’est que le père du petit comte, qui à cette époque grandissait sans soucis dans ses landes, venait d’être tué dans la guerre d’Amérique.
Tous les traits distinctifs de sa race, mêlés à quelques autres qui lui donnaient sa physionomie personnelle, se retrouvaient chez le comte actuel, le jeune officier de marine qu’on a vu à bord d’un des bâtiments de l’escadre.
C’était au physique, un homme qu’on pouvait ne pas aimer, mais qu’on était en tout cas contraint de respecter. Grand, large d’épaules, avec le buste élégant et la démarche vive, il donnait au premier abord l’impression de la force et de la décision. C’était ce qui frappait avant tout, et on ne remarquait qu’un peu après sa parfaite distinction et ses façons de gentilhomme.
Sa figure, sans être régulièrement belle, était cependant remarquable. Son front, un vrai front de Breton, bien carré, et où on lisait la ténacité en gros caractères, accusait en même temps une intelligence que ses compatriotes n’ont pas coutume d’avoir à un tel degré ; et les sourcils qui le traversaient, un peu rudes et un peu touffus, étaient très purs de forme.
Le nez assez long, avec des ailes très relevées et toujours frémissantes, donnait l’idée d’une perpétuelle activité d’esprit ; de quelque chose de chercheur, de toujours en éveil.
La coupe de figure, grâce aux favoris d’ordonnance, rappelait celle de la moyenne des officiers de marine. La bouche, d’une extrême fermeté, était garnie des plus belles dents qu’on puisse voir, et souriait, quand elle voulait bien sourire, avec un charme qui tranchait bizarrement sur ce fond hautain.
Les yeux, enfin, qui à eux seuls auraient rendu beau un visage disgracié, étaient une flamme perpétuelle.
Largement fendus, en yeux qui ne craignent pas de se montrer, ils reflétaient en quelques instants une telle variété d’impressions que leur nuance en paraissait changée, et qu’ils semblaient posséder une gamme de tons partant du noir absolu pour arriver à des reflets bleuâtres, à mesure que l’énergie un peu sauvage du premier regard s’adoucissait successivement. Aussi faisaient-ils songer à l’aigle, au lion, au soleil, à tout ce qui ne se fixe pas aisément enfin, et quand on voyait le teint brun un peu doré du jeune homme, on était tenté de se demander s’il ne s’était pas brûlé lui-même à ses propres rayons.
Au moral, c’était un mélange curieux des signes caractéristiques de sa race, et d’autres sentiments plus modernes.
L’orgueil et la ténacité légendaires se retrouvaient chez lui à un point extrême, et la devise de Kerdren :