Ce n’est pas impunément qu’une femme de vingt ans écoute un homme jeune et charmant lui lire des choses qui si aisément pourraient devenir des réalités, surtout quand son cœur tout entier a le droit d’appartenir à cet homme, et comme Francesca de Rimini, Alice aurait dit volontiers plus d’une fois : « Ce soir-là, nous ne lûmes pas plus avant ! »

Mais sans doute la voix de Paolo avait tremblé en arrivant à la page d’amour qui peignait si bien ses sentiments à la belle Italienne, tandis que celle de Jean, gardant toutes les qualités d’un excellent lecteur, demeurait animée, souple et parfaitement égale.

XII

Ce soir-là, pourtant, au moment où Alice en quittant la table se dirigeait vers le petit salon, Jean l’arrêta à moitié route.

— Si nous montions là-haut, dit-il, vous retrouveriez votre piano ?

— Mais ma passion n’est pas à ce point, répondit-elle en riant, je m’en passerai fort bien le soir, à moins que… Aimez-vous la musique ? reprit-elle plus vite.

— Infiniment, répondit Jean.

— Oh ! dans ce cas !…

Et ils montèrent tous deux précédés par des domestiques qui transportaient les lampes préparées dans la pièce accoutumée, et des bûches pour réchauffer la grande cheminée en bois sculpté.

L’endroit où se trouvait le piano était une sorte de bibliothèque ou de cabinet de travail avec les murs tendus de verdures flamandes, le bois des sièges en chêne noirci et les solives du plafond à peine relevées d’un mince filet d’or se détachant sur fond rouge.