L’ensemble était austère, et les tentures foncées s’éclairaient si mal que le rayonnement des deux lampes, absorbé tout entier par la tapisserie, semblait mourir et disparaître sur place, comme de l’eau bue par le sable.
Debout à côté de la cheminée, la jeune femme suivait les progrès du feu, s’amusant de voir la flamme claire des fagots lécher les grosses bûches de tous les côtés, comme si elle ne savait par quel bout les entamer, grillant d’abord vivement la mousse de l’écorce, et reprenant ensuite son travail patient pour arriver jusqu’au cœur. Puis, dès que les domestiques furent sortis, pressée comme quelqu’un qui est à la tâche, elle marcha vers le piano.
Il se trouvait placé au loin, à côté d’une fenêtre, et en quittant la chaleur du foyer et la clarté des lampes, elle se mit à frissonner. Au bruit de ses pas, Jean s’était levé pour la suivre, mais en voyant l’endroit incommode où était l’instrument :
— Permettez, dit-il vivement, vous serez fort mal là-bas.
Et sans attendre de réponse, il prit le meuble à deux mains et le roula jusque devant le feu avec l’aisance d’un enfant qui manie un jouet. Il remit le tabouret devant, et avisant un petit paravent en bois des îles bizarrement incrusté de dorures, il l’étendit en outre derrière le siège, puis, se laissant retomber dans son fauteuil :
— Maintenant, dit-il, je vous écoute.
Il n’en fallait pas plus pour combler l’émotion de la jeune femme, qui déjà grandement intimidée à la pensée de jouer devant son mari, se sentit si touchée en voyant cette preuve de sollicitude que son cœur commença à battre de façon à lui enlever toute présence d’esprit.
Elle s’assit cependant en murmurant un remerciement, et après un instant de silence :
— Ce n’est pas tout de dire qu’on aime la musique, reprit-elle, laquelle préférez-vous ? Voulez-vous du classique ou des auteurs modernes ? Aimez-vous les choses tristes ou gaies ?
— Mais tout ce qu’il vous plaira, répliqua Jean.