Sans se faire prier davantage, elle reprit sa place et, quand onze heures sonnèrent, elle était encore au piano.
Sa voix n’avait pas paru plaire moins à Jean que les impromptus et les nocturnes, car il était demeuré à la même place, écoutant, sans se lasser, mélodies, rêveries et barcarolles. La jeune femme choisissait de préférence tout ce qui devait lui rappeler le rythme de berceuse de sa grande amie, et il n’y avait comme repos que les quelques mots d’éloges toujours brefs et le plus souvent originaux par lesquels Jean la remerciait.
La pendule le fit tressaillir, cependant, et quittant son air abandonné :
— Comme j’ai abusé de vous, s’écria-t-il, vous devez être épuisée !
— Pas du tout, répondit-elle en se levant.
Puis, baissant la voix, elle ajouta :
— C’était toujours ainsi que nous passions nos soirées, mon pauvre père et moi.
— Alors, je vous ai peinée peut-être ? reprit le jeune homme avec vivacité en se rapprochant.
— Ne le croyez pas, je vous en prie, dit-elle non moins vivement.
Et s’enhardissant, elle vint à bout de formuler :