Il allait, il allait, relevant à chaque instant ses yeux sur moi, me regardant avec une persistance qui me gênait fort, et me faisant reposer, c’est-à-dire remuer, de quart d’heure en quart d’heure. Le déjeuner nous interrompit ; mais à deux heures c’était fini. Il m’appela alors près de lui, et je ne pus m’empêcher de m’écrier envoyant la feuille qu’il me présentait :
— C’est moi ! Ah ! mais que c’est donc joli !
Le fait est que cette petite dame rose qui me souriait dans ce fauteuil, cette grande cheminée sombre dont les chenets se détachaient nettement, les sculptures des boiseries : c’était un vrai tableau, et je tombais d’admiration…
— Qui, jolie ? me demanda M. de Civreuse assez railleusement : vous ou l’aquarelle ?
— Le portrait, bien entendu !…
Il me regarda un instant en souriant, puis avec une voix toute autre que celle que je lui connaissais :
— Le portrait, c’est vous, car par bonheur il est ressemblant. Ne changez rien à votre exclamation.
Je me tus ; c’est la seconde fois, peut-être, que j’entends un éloge sortir de sa bouche et cela m’émotionnait plus que je n’aurais voulu. Pourtant, je mourais d’envie d’avoir comme lui un souvenir de ce temps charmant que je sentais glisser entre mes doigts, et je cherchais nerveusement que dire et quel moyen employer.
— Et si, moi aussi, je faisais votre portrait ? commençai-je en plaisantant.
— Comment donc ! me répondit-il très sérieusement mais j’en serai charmé, et je vais me tenir tranquille comme une image.