— C’est impossible, je n’y entends rien !

Mais M. de Givreuse m’arrêta :

— Mon portrait ! cria-t-il ; montrez-moi mon portrait, j’ai le droit de le voir !

Sans résister, je le lui apportai ; il le prit et le contempla gravement, puis, toujours avec le même sérieux :

— Me permettez-vous de le retoucher ? dit-il.

J’inclinai la tête, et d’un coup de mouchoir il effaça tout. Puis en quatre traits de crayon, il fit un profil qui était la caricature du sien, si burlesquement ressemblant qu’il était impossible de le voir sans rire.

Il écrivit en bas, de sa grande écriture : « Hommage respectueux du patient à l’auteur, » et me le tendit.

En même temps, le docteur entra. Mon cœur se serra ; je compris que c’était tout, et, pendant que je sortais de la chambre, j’entendis la voiture commandée pour M. de Civreuse qui roulait dans la cour. Je me sauvai dans mon refuge, mon dessin en main, et là, une fois seule, je me mis à le regarder. Seulement, au lieu de rire comme un instant avant, je sentis que mes larmes coulaient sur ce nez invraisemblable et sur ces moustaches hérissées que M. Pierre s’était faits, et c’était bien naturel, car il était symbolique, ce dessin, et il ressemblait à mon héros comme la réalité ressemblait à mon rêve.

Un instant après, le docteur me rappela. M. de Civreuse était debout au milieu de la pièce, soutenu par deux béquilles noires qui me firent un effet horrible. Il me parut que je l’avais rendu infirme pour le reste de ses jours ; je sentis que je pâlissais, et je me tournai involontairement vers le médecin en étendant les mains.

— Ce n’est que pour les premiers jours, dit-il en souriant, car il avait compris ma peur.