— Mais rien du tout ! répondis-je.
— Voilà, reprit-elle alors ; c’est ce que je pensais !
Et elle se mit à m’expliquer si clairement comment on obtient, en priant bien, tout ce qu’on désire ; comment il faut s’y prendre ; à qui on demande telle grâce et à qui telle autre, qu’il semblait en vérité qu’elle eût vécu dans la familiarité de ces grands saints dont elle parlait, et qu’elle pût répondre de leurs sentiments à tous.
— Quand vous étiez enfant, me disait-elle, à qui demandiez-vous de vous donner les fruits placés trop haut pour vos petites mains sur les branches d’arbres ?… A de plus grands que vous, n’est-ce pas ? A force de grandir, vous voici maintenant à la taille de tous les autres pour les choses de la terre ; mais pour ce qui vous dépasse encore, faites comme autrefois, montez plus haut, car toujours il y aura quelque chose que vous ne pourrez pas atteindre !…
Elle parlait si simplement, mais si grandement, — si ce mot-là s’emploie, — que, sans médire de notre curé, jamais un de ses sermons ne valut celui-là, et sa foi était si vraie et si communicative que mon cœur battait en l’écoutant, et qu’il me semblait que dans les nuages, à travers les petits carreaux des fenêtres, je voyais tous les habitants du paradis les mains entr’ouvertes, me souriant de loin et prêts à laisser tomber sur moi, à ma prière, tous les biens dont ils disposent.
Comment n’avais-je jamais songé à ce recours jusque-là, je ne peux plus le concevoir ! Et quand je sens la place que ma neuvaine tient à présent dans ma vie et dans mon cœur, je suis tentée de pleurer tout le temps perdu !
Mais ce n’est plus la peine maintenant ! Neuf jours sont sitôt passés, et ils paraissent si courts quand on sait que le bonheur vous attend au bout !
C’est à saint Joseph que je dois m’adresser, m’a dit la mère Lancien, et il n’est pas mémoire qu’il ait jamais refusé ce que je lui demande. Seulement les prières doivent être ferventes, la neuvaine bien suivie et la foi complète !…
Complète ! Mais je l’ai comme si le saint lui-même m’avait engagé sa parole, et je ne prolongerais pas pour un empire ma neuvaine une demi-heure au delà du jour prescrit !… Moïse a payé trop chèrement l’irréflexion de son second coup de baguette sur le rocher d’Horeb. Je m’en tiendrai à un ! Seulement, je le frapperai en conscience et je trouverai des paroles si convaincantes que peut-être la source n’attendra même pas le neuvième jour pour jaillir.
Oh ! cette mère Lancien, je l’adore ! Et, si elle le veut, dans le carrosse qui m’emmènera, je lui ferai sa place !