11 mars.

L’autel que j’ai fait à mon saint est superbe, et tout un coin de ma chambre en est transformé.

Ce qui m’a donné le plus de peine, par exemple, ç’a été de trouver une statue de lui, et j’allais de désespoir prendre un Saint-Jean-Baptiste, en le suppliant de me permettre de l’invoquer sous le nom de saint Joseph, quand j’ai découvert dans la chapelle, au fond d’un recoin, ce que je voulais.

La statue est petite, mais toute en argent, et la mignonne branche de lis qu’elle tient dans sa main a la grâce des fleurs naturelles.

En la mettant sur plusieurs supports, elle est arrivée à dépasser les candélabres, et très haute comme elle l’est maintenant, elle semble diminuée par l’éloignement et déjà à demi perdue dans le ciel.

Devant, j’ai mis ce houx à baies rouges qui pousse sous la neige dans le parc, et tous mes prie-Dieu que je ne veux plus employer pour aucun usage profane.

12 mars.

Comment arrivera-t-il à mon secours ? Sous quelle forme m’enverra-t-il mon libérateur ? C’est ce que je ne peux pas concevoir, et je rêve de la manière dont un saint peut s’y prendre pour venir depuis le ciel arranger les affaires d’une pauvre Colette perdue dans sa montagne.

Par quel mystère va-t-il déterminer un étranger à s’aventurer jusqu’ici ? Et ce monsieur, comment se présentera-t-il enfin ? Sonnera-t-il la grosse cloche de la porte, et pour s’annoncer faudra-t-il qu’il dise à Benoîte : « Mademoiselle, me voici ; c’est moi que saint Joseph envoie ?… »

Je cherche, je cherche jusqu’à perte d’esprit !