Pour moi, je ne crois pas cela : à ses mains, à ses sourcils, à sa barbe, je le fais duc ou comte pour le moins, et gentilhomme en tout cas, et je m’ingénie à deviner son âge et son nom.

Est-il beau ? Je ne le crois pas et je n’y pense pas maintenant. Mes remords et mes tourments me tiennent lieu de tout, même de sommeil et de nourriture, et le docteur s’est fâché tout rouge en me trouvant encore debout ce matin.

D’autorité, il m’a forcée à descendre en bas et à marcher un peu dans la cour.

Mais, à l’air, la tête m’a manqué, j’ai vu tout bleu et je suis remontée près du lit, bien déterminée à ne pas le quitter avant la connaissance revenue…

Un mot sensé qui m’indique que la tête n’est point perdue, et à côté de cela tout le reste ne sera plus rien.

25 mars.

Il a parlé, c’est fait ! il est sauvé, et je suis si follement heureuse que je voudrais crier tout haut.

Hier soir, malgré tout mon sommeil, je voulais veiller encore, et pour être plus à l’aise que dans mes robes, dont les manches m’empêchent d’étendre les bras et dont les deux jupes accrochent tout, j’avais endossé en guise de douillette la moins fanée des vieilleries de soie que j’ai dénichées, le mois dernier, dans les bahuts.

Dans cette grande jupe unie et souple, et dans ce corsage mince qui semblait fait à ma taille, je me sentais si à l’aise que je ne peux comprendre comment cela s’est fait, mais, au bout d’un instant, je me suis endormie dans mon fauteuil, et si vite que je n’ai même pas pu lutter, et que je suis restée ainsi, oubliant mon malade plus de deux heures peut-être.

Puis la lampe qui baissait, le feu qui mourait, ce je ne sais quoi de froid et de triste qui passe au milieu des veillées solitaires, m’ont réveillée tout à coup, et j’ai couru voir l’heure.