Je devais les mettre l’un dans l’autre, je le savais bien, mais par lequel commencer et où les réunir, voilà le difficile.
Verser l’eau dans cette boîte en bois, cela me semblait drôle ; il était plus probable que c’était dans la bouillotte que je devais jeter le café. Quant à retourner auprès de Benoîte pour lui demander son avis, c’était me préparer une heure de cris et de reproches de la part de ma tante, et, d’un autre côté, M. de Civreuse me suivait de l’œil depuis son lit avec une curiosité tranquille qui m’exaspérait. Je me suis décidée alors promptement, et j’ai vidé la boîte dans l’eau d’un seul coup, puis j’ai remis le tout sur le feu et j’ai laissé mitonner un instant.
— Voulez-vous que je vous serve, Monsieur ? lui ai-je demandé ensuite en m’approchant.
— Volontiers, a-t-il dit sans broncher, en me présentant sa tasse…
Hélas ! c’était une boue véritable qui coulait, noirâtre, épaisse et laide à faire peine, et s’amoncelant dans le fond de la façon la moins appétissante.
Je me suis arrêtée alors toute décontenancée, en m’écriant :
— Ce n’est pas cela ! Évidemment j’ai dû me tromper ; mais je ne sais pas faire le café !
— Moi non plus, m’a répondu M. Pierre, qui tenait toujours sa tasse ; seulement je crois qu’on se sert de ça en général.
Et il me montrait du doigt la cafetière que Benoîte avait posée sur une table et à laquelle je n’avais plus songé ; et, comme je lui demandais vivement pourquoi il ne m’avait rien dit :
— J’ai cru que vous le faisiez à la turque, a-t-il répliqué.