Finalement, je lui en ai passé une tasse dans un carré de batiste, et il l’a bue sans sourciller jusqu’au bout.

— Vous avez donc repris votre vraie forme ? m’a-t-il dit ensuite, au moment où je me remettais à ma place habituelle dans mon fauteuil.

— Ma vraie forme ?… mais je suis toujours ainsi.

— Pas cette nuit !

— Ah ! parce que j’avais mis cette vieille robe ! Le fait est que je devais avoir une étrange mine… et je me demande ce que vous avez pensé en me voyant ?

— J’ai pensé que j’avais la bonne chance de trouver enfin un endroit où le temps avait arrêté son horloge et ne l’avait pas remontée depuis deux cents ans.

— Pourquoi la bonne chance ?

— Parce que je ne connais rien de plus bête que l’époque actuelle, a-t-il répondu.

Et moi j’ai repris aussitôt :

— Eh bien, je sais pourtant quelque chose qui est plus bête encore, c’est de ne pas la connaître du tout, cette époque actuelle, et tel est mon cas !