Une fois en haut, je me rendis compte de l’effet. Mes cheveux s’étaient remis à tirebouchonner de plus belle, et l’eau s’était amassée en gouttes au bout de toutes les frisures et un peu partout. Ce n’était pas laid certainement, mais c’était antimonacal, et j’essuyai vivement cet ornement intempestif, qui simulait les diamants à s’y méprendre.

Mon exaltation alla croissant jusqu’au milieu de la cérémonie ; ces fleurs, ces lumières et ces cinq jeunes filles vêtues de blanc, dont les grandes jupes de satin balayaient le chœur, excitaient ma ferveur jusqu’à l’impatience d’en être là.

De très loin je voyais l’assistance, et, au premier rang, j’apercevais un grand jeune homme, un officier en uniforme dont les yeux me paraissaient rouges.

Était-ce un fiancé qui venait pour la dernière fois contempler sa fiancée ? Quelque bruit de ce genre avait circulé parmi nous, et cela me sembla le comble du romanesque…

Mais, quand on apporta cinq cercueils béants, et que les mariées de tout à l’heure habillées maintenant en religieuses et cachées sous un grand voile noir, s’y étendirent pour entendre chanter l’office des morts, ma résolution sauta par une brusque volte ; je sortis vivement mes clefs de mon corsage, et je m’en fus sans rien écouter, et grondée pour la dernière fois au couvent, afin d’apprêter moi-même et en toute hâte mon bagage.

A l’heure dite, j’étais au parloir, mon sac à la main, les yeux noyés de mes adieux et les mains embarrassées par les images et les cadeaux de la dernière effusion, mais si résolue, qu’Erlange m’apparaissait au loin dans un nimbe glorieux, et que je marchai vers la porte aussitôt que ma tante entra.

— Eh bien ! dit-elle avec un geste de surprise, que signifie cela ?

— Je suis prête à partir, répondis-je seulement et sans faire attention à une nuance de dépit bien marquée qui m’est revenue plus tard.

Je retrouvai de nouvelles larmes pour embrasser la supérieure, et, sans rien voir qu’un brouillard humide, je passai la porte.

— Gare de l’Est ! dit ma tante en montant en voiture.