En outre, pour reconnaître les premiers efforts du poète qui promettait un si bel avenir, et en même temps pour l'aider surtout à réaliser cette promesse, M. de Salvandy, ministre de l'instruction publique, décida qu'il serait attribué à Lafon-Labatut une indemnité annuelle de 800 francs.

M. Villemain, secrétaire perpétuel de l'Académie française, fut chargé d'annoncer au lauréat la décision bienveillante dont il venait d'être l'objet.

C'est ainsi qu'à force de résignation, d'énergie et de patience, le jeune poète venait de conquérir un titre à la célébrité, en même temps que des secours inespérés le mettaient désormais à l'abri de la misère.

Stimulé par le succès, Labatut ajouta à son œuvre de nouvelles pièces de poésie, qui bientôt confirmèrent les espérances fondées sur son talent et qui ajoutèrent encore à l'intérêt qu'il avait déjà inspiré.

Il habitait, à l'extrémité de la petite ville du Bugue, une maison solitaire, modeste ermitage riant aux rayons du soleil levant, égayé par le chant des oiseaux et le perpétuel murmure de la Vézère. C'est là que vint le voir M. le comte Horace de Viel-Castel, qui, émerveillé des récits du poète, s'exprimait en ces termes dans une narration de son voyage:

«... Le souvenir de la journée que j'ai passée dans la modeste demeure de Lafon-Labatut est un de ceux que je garde précieusement en ma mémoire; jamais je n'oublierai cette infortune si grande et si noble du poète aveugle, ses chants si mélancoliques et si suaves, sa conversation si pleine d'intérêt, sa figure si belle d'expression et de tristesse résignée. Je reviendrai de nouveau dans sa demeure, je l'écouterai me récitant de nouveaux chants et s'interrompant pour me dire: «Prenez garde, monsieur, je vous en prie; je vous ai entendu vous appuyer contre ma fenêtre, et vous pourriez effaroucher un pauvre nid d'hirondelles qui s'est confié à moi. Tous les ans, mes amies de l'année précédente viennent l'habiter; elles me connaissent, elles m'aiment, je ne ferme jamais ma fenêtre pour leur laisser la liberté d'aller et venir à leur fantaisie... Je les aime sincèrement, ces pauvres hirondelles; elles ne s'aperçoivent pas que je suis aveugle!...»

C'est à peu près à cette époque qu'il reçut de Bergerac une adresse de félicitations signée de toute la ville, et qui rendait un public et précieux hommage au poète que quelque temps auparavant, à l'occasion du couronnement de Jasmin, l'intelligente cité avait fêté et applaudi.

Je transcris ici la réponse de Lafon-Labatut:

«MESSIEURS,

«Je suis vraiment désolé qu'une absence de plusieurs jours m'ait empêché de prendre plus tôt connaissance d'une adresse qui m'honore autant qu'elle me touche.